L’info Noir/blanc n° 25

SOMMAIRE DU N° 25

  • Dossier : Chercheurs d’art ?
  • Artiste-chercheur, une nouvelle revendication ?
  • Recherche et droits d’auteur dans une économie de l’innovation
  • De l’usage de quelques mots ...
  • Censure : Encore ! Une œuvre d’Aude Pasquier du Grall censurée à Toulouse.
  • Assemblée générale du CAAP
  • Compte-rendu du CIPAC sur le site internet du CAAP
  • N’oubliez pas votre cotisation

EDITO

La plume est serve mais la parole est libre

Des chercheurs de l’université de Tel-Aviv ont créé un poulet sans plume. Ils expliquent que les plumes, en empêchant le refroidissement du poulet, provoquent une trop grande consommation d’énergie : cela contrarie une croissance rapide de la bête et le cycle production / consommation dans les pays chauds. Un poulet sans plume. Fuschia, ou rouge purpurin, le poulet nouveau est arrivé. On l’a rencontré ici et là pendant deux semaines. Est-ce une nouvelle création contemporaine des artistes-chercheurs ? La poule au pot, version Palais de Tokyo ? Ou la nouvelle figure du coq français après le premier tour des élections présidentielles ? Des poulets ainsi dépenaillés, chimères médiatiques, se sont soudainement agités dans la basse cour de l’art contemporain, donnant des leçons de citoyenneté à tout un chacun et lustrant leur peau rouge afin qu’on puisse y lire sans ambiguïté le nom d’artiste.

L’émoi provoqué par les résultats du premier tour a subitement resserré les rangs. On a ainsi vu des artistes errants chercher d’autres artistes pour redonner au mot “collectif” la saveur des convivialités militantes. Des constats alarmants et dérisoires ont été établis dans de multiples réunions, mêlant critiques, institutionnels et artistes. Des livres blancs ont été annoncés, sans qu’on sache trop qui instruirait les pistes suggérées. Des gros mots ont même surgi : faire notre autocritique ; remettre en question le mode de fonctionnement du monde de l’art et les modèles qu’ils légitiment ; s’interroger sur la précarité du statut de l’artiste ; envisager un mode de représentation collective pour les artistes ; pointer les dysfonctionnements ; etc ...

Certains d’entre nous eurent l’impression de feuilleter à l’envers d’un geste rapide les bulletins du CAAP. D’autres entendirent l’écho lointain des questions et des suggestions faites par les associations d’artistes et les collectifs au dernier CIPAC. Le monde de l’art s’est émerveillé un instant d’être si perspicace et si juste dans la description de ses manquements. Vivre l’art autrement, à défaut de le présider, méritait bien de défiler autrement, séparés des autres citoyens par le label art contemporain, qui depuis si longtemps offre ses résistances inouïes à la bêtise et sa subversion quotidienne pour renverser les pouvoirs établis.

Le champ de l’art a donc changé. Imaginons donc : les directeurs de Frac ont pris la décision de répondre aux questions des associations d’artistes ; ils ont décidé d’établir une véritable collégialité dans leurs structures en faisant appel aux artistes engagés dans des associations et des collectifs ; ils privilégient désormais la transmission et la médiation au lieu de la production des œuvres. Les acquisitions, les commandes publiques et les aides aux artistes sont discutées entre les artistes et leurs partenaires. Les conseillers aux arts plastiques introduisent aussi la collégialité, soutiennent le fonctionnement des associations privilégient le dialogue, deviennent de réels conseillers techniques. Les écoles d’art s’ouvrent pendant les congés scolaires à la formation continue pour les artistes. le droit d’exposition est systématiquement versé. Le droit de suite est appliqué sans délai. La défiscalisation, promise aux galeries par tous les partis politiques, s’appliquent aussi aux achats réalisés directement auprès des artistes. Le CIPAC tient ses promesses et met en place un lieu permanent de concertation et de dialogue entre les associations des diverses professions ...

Imaginons vite que chacun ait compris que notre ridicule microcosme surproduit, à l’image de l’ensemble de la société, de l’exclusion : exclusion d’un accès aux œuvres ; exclusion de la majorité des artistes des lieux de décisions. Fermons encore un instant les yeux avant que le paysage du mépris pare à nouveau les poulets de leurs plumes. Il fait à nouveau froid – n’est-ce pas ? - pour un gallinacé sans plume.

Antoine Perrot

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